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Double soirée ce vendredi 25 septembre pour celles et ceux tombé·es dans le Panno’. Qui cherchait le Yeti de Yoann Loustalot a d’abord trouvé de jeunes loups joueurs, sous la forme du quartet Badaboom, dont on aura pu voir des membres aux Rendez-vous de L’Erdre dans le vivifiant What’s New Orchestra des jeunes jazzeux du conservatoire.

J’avais déjà remarqué de beaux enchaînements chez le débonnaire sax altiste Sacha Gervaise et je me réjouissais du double plateau. Voilà donc quatre jeunes sous les plafonds d’un Pannonica complet : Arthur Sarrazin au clavier, Sacha Gervaise à l’alto, Antoine Entressangle à la trompette et Cédric Peset, le leader à la batterie, fébrile et volubile, prompt à la blague tchac poum.
Et quand ça commence, il mène à la baguette des morceaux construits sur des enchâssements de phases courtes, ponctuées de brefs solos maîtrisés et de relances des deux soufflants en soutien du seul instrument harmonique. Les influences sont assumées, histoire du jazz et plaisir du groove, je note une très belle assurance du pianiste et enfin une trompette qui joue comme un sax : vive le rythme.
Après un délirant « Gorge tranchée », morceau foufou et sursautant à la Zappa, la jeune équipe vide la place et laisse une belle énergie pour accueillir le trompettiste Yoann Loustalot, le batteur Stefano Lucchini, le guitariste Giani Caserotto.

Un étalage de pédales et de boîtiers plus tard, les instruments envoient une sauce machinée portée par une batterie énergique de bout en bout. Loustalot engage d’abord des mélodies progressives. Il faut un temps de transition, chacun semblant chercher son son en trifouillant mystérieusement d’obscurs boutons. Je me dis que tout ça est un peu solitaire.
Et puis un équilibre soudain est là. Les deux musiciens ont été harponnés par la batterie. La guitare donne l’impression de moins jouer l’harmonie que des reprises mélodiques de la trompette, participant plus aux effets des machines qu’à un soutien classique. La musique impose une ambiance forte, plutôt tragique, et emmène l’auditeur·rice vers un territoire qui se précise au fur et à mesure de l’avancée des morceaux. C’est comme si les musiciens voulaient mériter de laisser libre cours à leur virtuosité et s’imposer non seulement des contraintes, mais aussi l’improvisation même de ces contraintes. En ce sens le groupe rappelle le très fort Caravaggio, créé en 2005 par Benjamin de la Fuente et Samuel Sighicelli.
Plus le set avance et plus l’ensemble fonctionne, dans ce juste milieu de puissance, de technique et de recherche, avec en plus une complicité évidente entre ses membres, qui est pour le public le ciment palpable et agréable, d’un concert réussi.

• Camille Pollas