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À l’occasion de la venue de Lea Maria Fries pour son concert à la salle Paul Fort le mercredi 7 octobre prochain, je me suis intéressé à sa musique et à son premier album Cleo paru en avril 2025. Un disque de matière et de sensations, qui donne à entendre les métamorphoses d’une voix, celle de Léa Maria Fries, fil conducteur du disque. 

Avec lui, la chanteuse affirme une identité musicale. Elle ne cherche pas à entrer dans une catégorie ni à répondre à ce que l’on attend d’une chanteuse de jazz. Elle avance plutôt à tâtons, par éclats, par contrastes, comme si chaque morceau était la pièce d’un puzzle dont l’image finale ne devait apparaître qu’après plusieurs écoutes. Ainsi, la première laisse comme impression celle d’un album singulier, difficile à classer. La deuxième fait apparaître les détails. Enfin la troisième écoute commence à révéler les liens entre les morceaux. Ce qui semblait disparate devient cohérent. Le puzzle prend forme.

Léa Maria Fries a grandi dans un petit village des Alpes suisses avant de connaître Berlin, Lucerne puis Paris. Ces déplacements, ces changements de paysages et de milieux artistiques ont nourri directement l’album. Elle évoque elle-même un processus de transformation.

Dès « Liquid Thoughts », courte ouverture presque flottante, quelque chose se met en place : une musique en mouvement, faite de matières sonores, de silences et de respirations. Puis arrive « Witch’s Broom », et avec elle, sa voix immédiatement reconnaissable, à la fois claire, sensuelle et légèrement voilée. Léa Maria Fries ne chante pas simplement les mélodies : elle semble les traverser.

Sa musique se nourrit du jazz, mais elle ne lui appartient pas vraiment. Elle emprunte au rock expérimental son goût pour les aspérités, à la soul une certaine chaleur, à la pop son sens de l’évidence, à l’électronique quelques textures étranges. Le tout est porté par un quartet remarquable : Gauthier Toux au piano, Julien Herné à la basse et aux électroniques, Antoine Paganotti à la batterie, auxquels viennent s’ajouter, selon les morceaux, Raynald Colom à la trompette, Vincent Peirani à l’accordéon ou encore Yessaï Karapetian au piano.

Léa Maria Fries aime particulièrement les sons qui conservent une part d’imprévu : un piano dont on perçoit la mécanique, un bruit accidentel, une percussion qui semble surgir de nulle part, une électronique discrète qui vient troubler une harmonie. La production de Julien Herné accompagne cette démarche avec beaucoup de finesse, Léa Maria Fries ne cherche pas à lisser la musique, mais au contraire à lui conserver son authenticité. Le résultat est élégant, parfois étrange, parfois franchement sensuel.

« Umleitung » joue avec une énergie presque rock. « Chrüz », très court, agit comme une respiration. « Just Passing » possède une fragilité plus mélodique. « Life Below » descend vers quelque chose de plus introspectif, tandis que « Fungiassume » un univers presque ludique et décalé.

Et puis il y a « India Song ». Sur ce morceau, Léa Maria Fries reprend le thème composé par Carlos D’Alessio pour le film de Marguerite Duras, popularisé notamment par Jeanne Moreau. La présence de Vincent Peirani à l’accordéon apporte une couleur particulièrement sensuelle à cette relecture. C’est probablement l’un des morceaux où l’on comprend le mieux la démarche de la chanteuse : prendre une matière existante, la regarder sous un angle différent, et lui permettre de révéler un nouvel univers.

• Patrick

Paru le 4 avril 2025, chez Heavenly Sweetness

Léa Maria Fries : voix / Gauthier Toux : piano / Julien Herné : basse / Antoine Paganotti : batterie
Invités : Vincent Peirani (accordéon), Raynald Colom (trompette), Tao Ehrlich (batterie), Yessaï Karapetian (piano)

LEA MARIA FRIES

MERCREDI 7 OCTOBRE / 20H30
Ouverture des portes 20h / Salle Paul Fort