La Nantaise Cécile Lacharme, assistée de son fidèle ingénieur du son Bastien Raute, a célébré dans la grande salle Paul Fort la sortie de son tout premier album le 2 octobre. Deux jours de résidence ont permis un travail de création lumière et artistique soigné, qui a fait de cette date un événement unique.
Le concert commence doucement. La scène est plongée dans une demi-obscurité, seul un rai de lumière diagonal illumine les deux bras de la soliste sur la table du violoncelle. Si cette introduction peut sembler sage, presque classique, les boucles brunes de la musicienne qui balaient périodiquement l’instrument laissent deviner une gestuelle nettement plus pop et l’emballement du concert à venir.
Progressivement, les lumières et les enceintes disposées tout autour de la salle s’animent. La salle semble changer de forme et de nature : comme dans une troublante illusion d’optique, le son gonfle pour atteindre l’ampleur qu’on retrouve ordinairement dans la bande-son des blockbusters.
Une release party réussie est l’occasion de retrouver des amis et de sortir de l’ordinaire. Le premier invité de la soirée pratique le waving : Kévin Ferré, de la compagnie Envague, dont le corps, comme envoûté par les ondulations de la musique, dérive parmi les taches de lumière. Une danse fluide et hypnotique, qui s’achève au sol, aux pieds du violoncelle, dans les dernières notes de la composition.
Même si l’on devine Cécile Lacharme habituée aux grandes scènes, elle paraît émue et intimidée lorsqu’elle délaisse l’ombre de son instrument pour s’adresser à son public. Sa sincérité fragile contraste avec l’énorme son presque psychédélique, démultiplié, du morceau suivant, né de sa révolte face aux « dérives » du monde moderne. Étonnante image que cette frêle Amphitrite, presque immobile, qui commande à des vagues de basses qui cognent et résonnent dans la poitrine…
Le dernier moment de magie surgit lors d’un rappel hors du programme habituel de ce solo. Dans une lumière dorée, le rideau de fond de scène s’ouvre et une femme endormie sur un fil, sa longue chevelure rousse caressée par un vent léger, apparaît juste au-dessus de la musicienne. L’image est irréelle ; ce sont les tressaillements des muscles de la funambule, qui commence à s’animer, qui nous rappellent que nous sommes face à une artiste de chair et de sang, et non à une image projetée. Ce duo poétique avec la Finlandaise, Sanja Kosonen, est la dernière surprise d’un solo devenu spectacle total. Un moment unique qui, on l’espère, en appellera beaucoup d’autres.
• Le Grizzly
PHOTOS © LAURE DEGROOTE











