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Un trio en osmose autour d’une chansigneuse pour faire vibrer la salle Paul Ford, c’était mercredi 29 avril avec Airelle Besson et Clémence Colin. On s’y est senti comme à la maison, alors on rembobine et on raconte.

Ce n’est pourtant pas qu’il y ait besoin de plus. À trois, trompette et piano et batterie, le trio d’Airelle Besson choisit de ne pas combler la basse mais de construire sa musique d’abord sur du rythme. Nombre de morceaux s’appuient sur un thème pulsé que portent à l’unisson les trois instruments. Et même l’improvisation est d’abord affaire de rythme et de souffle. Mais là-dessus arrive un autre solo, qui relève à la fois de la danse, de la langue des signes, du mime et du conte. Ce quatrième mousquetaire, c’est la chansigneuse Clémence Colin.

En 2011, alors qu’Airelle Besson est en résidence à Jazz sous les pommiers, elle découvre cette singulière performeuse en assistant à un de ses concerts. Coup de foudre créatif et envie commune, nous revoilà quinze ans plus tard pour le répertoire du trio de longue date, issu de l’album Surprise (2024) et un concert entier chansigné.

Sans flagornerie, le Pannonica a joué un rôle important pour l’accueil mais aussi le relais d’une telle rencontre, avec l’appui de l’association Nantes SLF et des gilets Subpac à disposition, qui retransmettent et accentuent les vibrations de la musique. Le public, mixte, a vibré fortement de bonnes ondes et pas seulement sonores.

Le trio d’Airelle Besson, avec les Allemands Sebastian Sternal (piano) et Jonas Burgwinkel (batterie), existe depuis plus de dix ans, depuis une rencontre provoquée par Ricardo Del Fra lors d’un projet franco-allemand d’hommage à Chet Baker. On les sent à l’aise comme en famille pour produire une musique intime, un son de trompette chaud et un piano accueillant, avec une rigueur rythmique qui rappelle le classique mais des glissades harmoniques parfaitement jazz. Le batteur Jonas Burgwinkel connait quelquefois des envolées violentes impressionnantes et les deux autres se regardent en coin comme devant une folie libérée. La frappe alors emporte tout, le temps d’un solo admirable, puis de reprendre sa place métronomique.

Au centre, debout ou assise sur un tabouret haut, sur l’un ou l’autre des côtés, Clémence Colin, toute de nerfs toniques, à la fine figure féline ou féérique, engage la musique dans des tableaux puissants. Il est parfois difficile pour le public de savoir que choisir de regarder entre musique et danse, et sur scène les artistes de savoir qui suivre entre elle et eux. Une bonne preuve que le groupe est ce soir bien un quartet et les harmoniques, comme de bien entendu, indémêlables.

• Camille Pollas

CRÉDIT PHOTO J-CHRISTOPHE GUARY