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Vendredi 3 avril, le trio de musicien·nes invitait la chanteuse malienne pour un répertoire unique. Osmose assurée.

Un violoncelle, un violon, une clarinette. L’ensemble est aussi rare que l’équilibre constant. Tantôt Bruno Ducret lance un ostinato à l’archer sur lequel Clément Janinet sautille en pinçant les cordes de son violon tandis qu’Elodie Pasquier arpège. Tantôt c’est le premier qui pince, le second qui frotte et la troisième qui place un son de clarinette basse comme une seconde caisse de résonance du violoncelle. Rythmiquement comme harmoniquement, la construction est d’une richesse jouissive. Sur les longs morceaux, les moments de silence, les sons minimalistes du bois frappé, des extrémités de cordes, prennent le temps de captiver un public au souffle suspendu, avant qu’un orage de notes gronde et l’électrise.

Alors quand s’élève la voix de la griotte malienne Mah Damba, c’est une lame de fond imparable qui nous emporte du cœur aux oreilles. Et c’est encore un schéma très singulier qui s’ajoute aux instruments, à la fois très cohérent et d’une autre dimension. Seul élément purement percussif : d’étonnants claquements d’un majeur dans la paume de l’autre main de la chanteuse, des séries de trois coups qui ne manquent jamais d’amorcer dans le public des applaudissements rythmiques aussitôt déroutés.

On ne saura pas comment s’est faite la rencontre ni comment les musicien·nes se sont emparé·es des chansons traditionnelles mandingues, mais l’alliage marche très fort et le set d’une heure quinze aura passé comme une flèche dans cette salle chaleureuse où chaque mouvement du corps et des instruments est à portée de main.
Seul regret, un léger sous-emploi de la clarinettiste au regard des trois autres. Une frustration de spectateur plus qu’un bémol ici, pour une belle continuation de la programmation 2025-2026 du Pannonica, grâce à de beaux reflets de musiques traditionnelles et répétitives.

• Camille Pollas