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Après quelques jours de résidence au Pannonica, le trio Designers monte sur les planches et rend sa maquette. Brillante et jouissive, elle est toute prête pour impression. La soirée a d’ailleurs été captée et retransmise en direct par la radio Jet.fm. Retour en quelques mots.

À propos de Designers, la presse spécialisée convoque souvent les grands trios piano-contrebasse-batterie qui ont reconfiguré l’architecture de l’emblématique formation. Des louanges méritées mais qui prennent véritablement leur sens sur scène, tant la révolution ici est physique. Il faut dire que chacun des trois membres a un rapport particulier à la percussion.

Aki Rissanen, pianiste finlandais à la discographie déjà bien fournie pour un quarantenaire, travaille une rythmique puissante aussi bien par un goût des musiques minimalistes que par son instrument. Il a notamment joué en 2021 sur un Omniwerk, ce double clavier à cordes pincées et frottées inspiré des idées de Léonard de Vinci, puis, deux ans plus tard, ouvert sa musique à des sons d’ambiance sur fond d’expérimentations rythmiques. Loin d’être un technicien plongé dans le capot, sa virtuosité n’est pas démonstrative, mais comme rarement, son jeu de tensions harmoniques (touches conjointes notamment) et de répétitions souligne la percussivité du piano.

Joachim Florent, contrebassiste belge né en 1970 et installé à Nantes, a, lui, une manière d’embrasser son instrument comme si ses doigts l’absorbaient, le pétrissaient, dans des ostinatos très physiques. Dans le même morceau, il passe du jeu de doigts à l’archet, voire à la baguette, et imprime un rythme qui emplit toute la salle. Auteur de la plupart des morceaux dont presque tous sont inédits puisque composés durant trois jours de résidence au Pannonica juste avant le concert, il est un centre fascinant à regarder.

À leurs côtés, le batteur australien Will Guthrie, lui aussi basé à Nantes et habitué du Pannonica (notamment il y a un an avec son ensemble Nist-Nah), imprime un jeu riche mais léger et l’ensemble construit une musique à mi-chemin entre minimalisme jazz et transe acide, avec des polyrythmies époustouflantes qui donnent l’impression parfois d’un véritable orchestre.

Dans cette petite salle intimiste où les musiciens sont à hauteur de public, la virtuosité et l’assurance tranquille, sympathique même à chaque prise de parole de Joachim Florent, c’est un concert intense qui ferait presque planer le public. On est figé·es ou bien l’on danse, dans les deux cas frappés par un moment qui semblera bien court tant il aura été intense.

• Camille Pollas

CRÉDIT PHOTO © RÉMI GOULET