Dans une salle comble, avec un public debout, ce qui n’est pas si fréquent, Pannonica recevait ce dernier vendredi de janvier l’iconoclaste anglais Alabaster DePlume, accompagné de Lucien Chatin à la batterie et de Dan Nicholls aux claviers et aux machines.
On se serait cru au Speaker’s Corner1 de Hyde Park à Londres ce 30 janvier au Pannonica. Le tribun, un trublion ayant pour toge un keffieh palestinien, ouvre le show par un flow extravagant, embarquant son auditoire dans un tourbillon politico-poétique, univers unique, DePlumien, mêlant jazz, folk, électro, improvisations et diatribes engagées. Entre passage au micro et au saxophone, ses morceaux sont autant de voyages immobiles dans lesquels se succèdent murmures chamaniques, spoken word puissant et solos méandreux, dont le vibrato fragile n’est pas sans évoquer le grand Pharoah Sanders2. Alors que tous les yeux dans l’assistance sont aimantés par ce phénomène, ses deux acolytes lui assurent une assise rythmique et le suivent dans ses pérégrinations.
Alabaster DePlume est un activiste profondément humaniste qui profite de ses concerts pour clamer haut et fort ses idéaux. Ce sont autant de moments de communion que de raisons pour rallier sa cause : « I feel like I’m with my friends ».
« Do you like Christmas ? » Il s’empare d’une guitare et entame un chant de Noël dans lequel il fait rimer « Christmas time» avec « genocide in Palestine». Il joue en permanence des contrastes pour sensibiliser son auditoire. Les sujets abordés dans ses textes sont graves, mais il sait désamorcer la tension qui pourrait en résulter en se montrant faussement euphorique et enthousiaste entre les morceaux.
« Do you want world peace ? Buy it! » S’il se montre ironique, c’est pour mieux dénoncer le monde marchand dans lequel nous vivons. Marchand il l’est pourtant lui aussi, un stand de marchandisage proposant à la fin du concert ses disques, ainsi qu’un assortiment de keffiehs fabriqués en Palestine, à l’image de ceux qu’il arbore sur scène.
Pour le rappel, il revient seul en scène, pour une chanson douce à la guitare : « It’s gonna be hard to leave you !» Bye, bye Alabaster and thank you for this moment !
• Jean Do (acquis à la cause)
1- Le Speakers’ Corner (littéralement « coin des orateurs ») est l’espace réservé au nord-est de Hyde Park, à Londres, où chacun peut prendre la parole librement et assumer un rôle temporaire d’orateur devant l’assistance du moment (in Wikipedia).
2- Pharoah Sanders est un saxophoniste américain de jazz. Il est considéré comme l’un des inventeurs de l’ethno-jazz. Il meurt le 24 septembre 2022 à Los-Angeles, à l’âge de 81 ans (in Wikipedia).
CRÉDIT PHOTO © REMI GOULET











