« The Trunks: la découverte d’un nouvel Ailleurs. »

: 12 mai 2012 | : Action Culturelle Chroniques des concerts | : lycee Guisthau

20h35, le 23 mars 2012. Le Pannonica, une scène jazz de Nantes. Dehors la nuit est déjà tombée depuis quelques heures, on attend l’arrivée de « The Trunks » pour découvrir leur dernier album,  On the roof. On n’en sait pas grand chose et c’est tant mieux, si ce n’est que c’est un groupe de rock. Dans la petite salle, les gens vont et viennent entre la scène et le bar. Agglutinés autour du comptoir,  ils discutent de tout et de rien. Les lourds rideaux de velours éclairés faiblement par les lumières de la scène intriguent et attisent la curiosité. Une vingtaine de minutes s’écoule avant que la salle ne soit plongée dans la semi-pénombre bleu-orange des projecteurs.  Soudain, cinq silhouettes apparaissent. Trois d’entre eux attirent particulièrement l’oeil. Un guitariste, la trentaine, l’air séducteur. Une bassiste aux allures de Joan Jett: trente ans à peine, les cheveux de jais coupés en un carré droit, la bouche pleine, un chemisier noir à roses rouges. Un batteur, la quarantaine, un tee-shirt underground sur les épaules : l’air d’un adolescent dans un corps d’adulte. La jeune femme aux roses fascine, avant même de la voir jouer, on sait d’avance qu’elle sera celle vers qui tous les regards se tourneront.

Le groupe entame en crescendo un morceau à l’aspect oriental, qui semble onduler comme des serpents que l’on dresse pour les faire sortir de leurs paniers d’osier. C’est une musique planante où les instruments semblent tous détenir un rôle clé. Le rythme est effréné, il est de ceux qui pénètrent les corps et font vibrer. Mais malgré leur dynamisme fou, le public demeure timide. En effet, seuls quelques-uns hochent la tête en rythme, comme pour approuver la musique, parfois certains tapent du pied. Ici la musique se fait personnelle, et petit à petit la frénésie de Trunks emporte, grâce à ces airs qui font voyager. Une fausse note pourtant: le batteur se met à chanter un ton plus bas que sa batterie, si bien que le public n’en profite pas. Mais bien vite le problème est réglé, et on savoure à nouveau les sourires complices des musiciens qui semblent plus qu’heureux d’être sur scène. Le guitariste aux allures de Bel Ami présente timidement le groupe : « Euh.. on s’appelle Trunks ».

Lorsque le groupe entame la troisième chanson, c’est avec étonnement que l’on entend pour la première fois de la soirée la fameuse femme aux cheveux de jais. Cette première impression de déjà entendu se confirme, la voix  à la fois calme, suave et sensuelle de Laetitia Sheriff, ressemble elle aussi à celle de Jett. Le rythme du morceau nous rappelle un certain « Cherry Bomb ». La jolie guitariste demande au public de s’approcher, car depuis le début celui-ci se tient à l’écart de la scène. Il s’exécute timidement. Les morceaux se suivent alors que les minutes s’écoulent, parfois les musiciens ne savent plus comment entamer les morceaux et complice, les spectateurs rient. Il sont attentifs, comme aux aguets : on aime.

Les couleurs des stroboscopes changent, parfois le public ferme les yeux pour profiter pleinement de cette transe musicale, parfois il observe les musiciens. Le saxophoniste a la jambe qui frappe le rythme, il effectue quelques pas de danse, il marche, comme s’il marchait le long des notes de sa partition. Le batteur fait des mimiques, puis le guitariste joue d’une seule main, rappelant un acrobate sur un fil. Tous échangent des sourires entendus comme s’ils partageaient un secret qui ne nous sera pas délivré. En tout cas, pas ce soir…

Cette envoûtante soirée se termine sur un rappel enthousiaste. Un peu comme des enfants avec des bonbons, on en  redemande, mais on reviendra, un autre soir, pour écouter et se délecter encore un peu de cette folie trunksienne.

Article réalisé par Amélie-Lou Blouin.