Yolk Records ne cherche pas que la poule aux œufs d’or

: 24 février 2014 | : Action Culturelle Portraits | : lycee Guisthau


     Sébastien Boisseau participe à deux projets : Wood et Until, mais il co-dirige aussi le label nantais de Jazz et de musiques improvisées, avec Alban Darche et Jean Louis Pommier. Nous l’avons interviewé dans le cadre du concert de Wood le 7 février 2014 au Pannonica.   

Yolk, est un label fondé en 1999, totalement indépendant qui soutient des musiciens de jazz de tous les genres. A l’heure actuelle, Yolk a enregistré près de 40 albums. Comme beaucoup de labels indépendants, il n’apparaît plus dans le monde des médias puisque ce qui rapporte désormais, ce sont les grosses productions, avec pour objectif de vendre le plus possible. Au contraire, Yolk produit des artistes appartenant à des projets à long terme, à qui il n’impose pas de contraintes artistiques. Tous les albums sont auto-financés par chaque groupe. Yolk se décrit comme un  »Label Équitable ». En effet, chacun des albums est artisanalement produit ; il est plié, fabriqué, emballé par les musiciens eux-mêmes et chez eux, afin de réduire au maximum leur dépendance auprès d’intermédiaires. A une époque où les disquaires ont presque complètement disparu des commerces, et à l’air de l’album numérique et du téléchargement pirate, Yolk a décidé de vendre ses albums seulement à la sortie des concerts et sur leur site : http://www.yolkrecords.com/fr/ afin d’avoir plus de liberté . Cependant, pour Sébastien Boisseau, l’album n’est qu’une trace d’un concert passé. Ce qui importe avant tout, c’est la qualité scénique des musiciens. Selon lui, il est dommage que le public s’attache davantage à l’album qu’à la performance live. Le contrebassiste précise sa pensée : « Ce que la carte postale est à la Joconde, le disque l’est au concert : un souvenir. ».

Yolk ne  produit que des  »histoires de groupes » : il semble nécessaire à S. Boisseau de soutenir des personnes, qui ont un vrai projet musical, mais aussi une histoire dont l’album est le témoignage. Ce n’est pas dans une logique de rentabilité que Yolk produit des disques. Les albums ne font office que de cartes de visites ou d’archives de la carrière d’un artiste.

Les groupes de musiciens sont libres jusqu’à la fin de l’enregistrement puis la conception artistique de l’album est confiée à un graphiste. Il existe une collection Yolk Box, dans laquelle est placé un objet choisi par les musiciens. Le label entre aussi en jeu afin de faire les devis pour le pressage de l’album, imprimer la pochette, déposer les droits d’auteur, organiser la promotion et la diffusion de l’album puis « booker » les dates de concert. Pourtant, même avec un tel travail, la source de revenu majeure des artistes reste les cachets de concert. De nos jours, exceptée pour une élite de privilégiés, il semble difficile de vivre uniquement de sa musique, bien que la France soit le seul pays du monde entier à connaître le statut d’intermittent du spectacle.

Le label Yolk se situe actuellement dans des locaux à la Fabrique de Nantes où les artistes peuvent répéter, enregistrer mais aussi préparer leurs futurs concerts. Ces locaux ont permis au label de soutenir plus de projets et de faire découvrir la musique jazz aux habitants du quartier des Dervallières. Avant la fabrique, Yolk ne recevait pas d’aide financière de la ville, maintenant Nantes les soutient dans leurs projets, sans nécessairement attendre de ce partenariat un bénéfice économique.

Yolk est un label indépendant qui a trouvé sa place dans le monde du jazz. Des salles de concert comme le Pannonica diffusent régulièrement les productions de ses artistes. Nous remercions chaleureusement Sébastien Boisseau d’avoir répondu à nos questions:  il nous a beaucoup appris sur l’industrie musicale d’aujourd’hui.

 

Jeanne CLOAREC & Rose PLOYAERT