Will Guthrie : « Il faut être prêt mentalement, ouvert aux émotions !»

: 16 avril 2013 | : Action Culturelle Interviews | : lycee Guisthau

 Crédit photo: DR

Loge 4, Will Guthrie s’assoit sur un canapé pour un entretien d’une vingtaine de minutes. Ouvert à toutes nos questions, le batteur de Swim – le trio qui se produira ce soir au Pannonica – répond sans hésitation. Précisant qu’il est originaire d’Australie, il nous raconte   en anglais son parcours de musicien.

Par Milo Larder et Philipp Eulers

 Pour Will Guthrie, être musicien en France est bien plus facile qu’en Australie – son pays d’origine – ou même qu’au Royaume-Uni, car dans ces pays là, le musicien est à son propre compte : « Tu es payé au noir, d’une certaine manière, tu n’existes pas vraiment. En Australie tu dois jouer tous les soirs, sans être beaucoup payé. » A cette vie de bohème un peu trop précaire, l’artiste préfère le système bien français de l’intermittence du spectacle où le musicien a une place plus simple et reconnue dans le monde du travail : « Tu peux être un musicien professionnel et avoir les mêmes droits qu’un docteur. » De fait, ce n’est pas pour la musique en elle-même qu’il est venu en France mais pour les conditions de vie du musicien ! Mais si Will Guthrie vit en France depuis huit ans, ce n’est pas pour autant qu’il ne retourne pas à Londres ou en Australie. Il y retrouve en effet l’ambiance musicale et compétitive des grandes villes, où il lui arrive de se produire en concert.  « Nantes peut devenir un peu ennuyeuse à la longue, c’est une petite ville et les choses y sont plus lentes. »

L’Australie reste pourtant l’endroit qui a vu naître sa passion pour la musique et sa découverte de la batterie avec un système scolaire privilégiant ces pratiques artistiques : « Comparativement à la France, les écoles australiennes donnent beaucoup plus aux enfants l’occasion de se familiariser avec les instruments, explique le batteur. Cela m’a permis de m’essayer au piano et au trombone durant ma scolarité. » Multi-instrumentiste, il se souvient que c’est grâce à son frère qu’il s’initie à la batterie et qu’à ses dix-sept ans il fait ses débuts en tant que musicien professionnel. Détendu, l’artiste entame ensuite une explication sur l’évolution de sa carrière. Selon lui, jouer avec un simple kit de batterie était devenu trop rébarbatif : « Ça m’a vraiment ennuyé ! J’ai eu besoin de trouver plus de sons, sur des supports plus variés. Au cours des années, j’ai donc modifié mon set de batterie en y ajouter toute chose qui pourrait provoquer des sons intéressants. J’essaie d’utiliser plein d’objets différents afin d’élargir au maximum mon champ lexical. De cette manière j’ai l’impression de m’approprier vraiment l’instrument et de trouver mon propre chemin dans la musique, pas celui de quelqu’un d’autre. »

Pour aller encore plus loin dans sa recherche musicale, le musicien s’appuie constamment sur l’idée de renouvellement ou de variété. La preuve, il pioche dans un immense choix de styles : « J’écoutevraiment des musiques différentes, j’aime beaucoup le hip hop, et en ce moment j’écoute des vieux morceaux de James Brown, mais plutôt une époque en particulier… 1968 ! »

 Swim, le partage musical

Avec deux acolytes, ils forment Swim : un groupe de jazz sous le style du power trio qui tire son nom des initiales de chacun des protagonistes : Sébastien Boisseau à la contrebasse, Will à la batterie et Manuel Adnot à la guitare. Comment ces trois nantais d’origine ou d’adoption se sont-ils décidés à former un groupe ? Selon Will Guthrie, la chose s’est faite toute seule : il avait déjà joué avec Manu, il connaissait Seb… la décision s’est prise de manière plutôt naturelle, et « Parfois tu sais que les choses vont marcher ! Nous partagions de nombreux points communs dans le domaine musical, c’est important.»

Pour trouver l’inspiration ou se concentrer pendant les concerts, Will Guthrie essaie d’être prêt mentalement et de vider sa tête de toutes pensées extérieures. C’est aussi une préparation physique pour être au top de sa performance. « Je suis dans cet état d’esprit : ouvert aux émotions et vraiment dans le moment présent.» Même si, modeste, il avoue que cela relève parfois de l’impossible : « Il suffit d’être fatigué,que ta femme soit malade, que ta voiture ait été volée , que sur scène le son soit mauvais, qu’il y ait des personnes bizarres dans le public qui parlent. Mais être un musicien, c’est essayer d’être ouvert, ne pas dire « je veux faire ça » ! Quand tu laisses libre au court aux choses, c’est à ce moment que la musique devient intéressante ! La bonne musique restera toujours de la musique! ».