Robin Finker:  « J’ai envie de faire une musique qui me fait vibrer »

: 19 février 2014 | : Action Culturelle Interviews | : lycee livet

Le groupe Whahay s’est produit au Pannonica le 29 Janvier.
Rencontre avec le saxophoniste Robin Finker, dans les loges, où il nous fait part de son ressenti lorsqu’il joue.

Qu’est-ce qui vous a orienté vers le Jazz ? Est-ce qu’un autre style de musique aurait pu exercer la même fascination ?
Je pratique la musique depuis que je suis gamin, c’est en croisant cette musique dans des concerts que j’y ai pris goût. Après mon bac, je suis parti à Londres pour une année sabbatique pour apprendre l’anglais, et je suis allé à des concerts. Je suis devenu accro à l’ambiance et à ce qui se passe sur scène ! Plein d’autres musiques me fascinent. Le jazz que je joue s’inspire de toutes les musiques. Je ne colle pas d’étiquettes à chaque style et je n’ai pas de style dédié… je joue ce qui me plaît.

Comment avez-vous intégré le groupe ?
On a monté ce groupe tous les trois. J’ai rencontré Paul Rogers à Londres à un concert que je faisais. Il est venu me voir pour me proposer de monter un groupe en France autour de la musique de Mingus. J’en ai parlé à Fabien, notre batteur, et c’est comme ça que ça c’est fait.

Comment en êtes-vous arrivé à jouer autour de Charles Mingus ?
Mingus est un contrebassiste qui a laissé une grande emprunte dans l’histoire du jazz noir américain des années 1960. Paul avait comme ambition de prendre l’essence de ses thèmes et d’en faire ensuite notre propre musique. On ne voulait pas refaire du Mingus mais prendre ce qui nous a touché dans sa musique, recréer et même improviser à partir de ça.

C’était un musicien prolifique qui a travaillé avec un très grand nombre de musiciens. Il a également collaboré à un grand nombre de projets… un peu comme-vous finalement ! Que pensez-vous avoir de commun avec lui ?
Il y a un parallèle à faire entre les musiciens de jazz des années 1960 et la musique jazz que l’on joue aujourd’hui, bien que les conditions aient changées : notre musique n’est pas très commerciale et elle touche un petit public. D’un point de vue culturel, défendre cette musique est important.

En dehors de cette influence, qu’est-ce qui vous inspire en tant que compositeur ?
Je m’inspire essentiellement de diverses influences musicales, je suis très attaché à cette notion. J’aime beaucoup improviser. Ce que je trouve vraiment kiffant, c’est d’être traversé par une émotion qui passe et qui se partage avec tout le monde… ce n’est pas de faire mon show sur scène.

Est-ce-que le fait de jouer en improvisant nourrit votre travail de compositeur ?
Oui, pour moi les deux sont indissociables ! L’improvisation c’est la composition en temps réel. Dans les années1960-1970, il y a eu une vague de l’improvisation libre : des gens qui défendaient juste le fait d’improviser et de ne surtout pas codifier les choses, presque sans finalité. Ce qui comptait, c’était d’improviser… comme pour une performance artistique. Je pense qu’en 2014 on a un peu digéré ça, on n’essaie plus d’être autant radicaux. Moi, j’ai envie de faire une musique qui me fait vibrer. Pour cela, l’improvisation et l’écriture sont liées.

Vous arrive-t-il de vous dire qu’il serait plus facile d’être interprète, de jouer une partition écrite et de ne pas composer ou improviser ? Est-ce parfois difficile de s’imposer cette discipline ?
C’est compliqué de répondre à cette question. Pour moi, tout est lié. Chaque membre du groupe a la liberté de s’exprimer, d’autant plus dans l’improvisation. Ici encore, il s’agit là d’être traversé par la musique. Mais la musique est un travail difficile de toute façon…

Vous avez été leader de groupe, qu’engendre ce statut et qu’est-ce qui le différencie de celui de membre comme dans le projet Wahay ?
C’est une bonne question, elle touche à pas mal de choses : la logistique et la musique. Pour lier les deux, je dirais que lorsque tu es leader d’un groupe tu joues une musique qui est la tienne mais que du coup… tu te tapes toute la paperasse ! Je privilégie la liberté, je n’aime pas lorsqu’une hiérarchie s’impose.

Quel attrait la scène exerce-t-elle sur vous ?
J’aime surtout être traversé par une sorte de fluide d’énergie, une émotion. Ce serait bizarre de découvrir ce genre de musique sur disque car on ne comprendrait pas. Lorsqu’on on est en face des musiciens, on comprend tout de suite et on est pris par la musique et ce que souhaite faire partager le musicien. Dans un fantasme, il n’y aurait pas de scène, les musiciens et le public serait sur le même pied d’égalité.

Quel public est touché par votre musique ? Pensez-vous qu’elle puisse toucher tout le monde ?
On fait en sorte que notre musique touche le plus de monde possible, mais tout dépend du contexte. On a déjà joué dans un festival en plein air à Nantes avec un public familial et des gens qui s’arrêtent pour écouter. C’était un super concert devant un public de 1500 personnes de 7 à 77 ans. Cette année on jouera beaucoup dans des lieux programmés, du coup on aura plutôt un public de gens qui connaissent et qui on déjà une fibre pour notre musique. En tout cas, si je jouais toujours dans des salles comme le Pannonica, je finirais par tourner en rond.