Paul Rogers : un musicien au rythme de sa vie et de sa musique

: 19 février 2014 | : Action Culturelle Interviews | : lycee livet

Par Ombeline Routier, Pierre Gillet, David Le Lièvre

Le groupe Wahay jouait au Pannonica le 29 janvier. Rencontre avec Paul Rogers, le leader de ce trio, un contrebassiste libre et sans concessions.

Vous dites faire une musique pour tout le monde et vous avez la réputation d’être un musicien qui fait peu de concessions comment faites-vous pour concilier cela ?

Je n’ai pas de réponse toute faite à cette question ! L’improvisation est pour tout le monde, c’est une musique libre et gratuite, au contraire de la « crap » musicale que l’on peut entendre partout.

Pensez-vous que la musique de Charles Mingus soit universelle ?

C’est de la musique, avec un grand « M », parce que ce n’est pas de la « shit music » qui est faite juste pour en retirer de l’argent. Le seul problème peut venir du dirigeant de la compagnie d’enregistrement, si lui veut faire de l’argent… mais c’est un compromis à trouver avec les musiciens. Ce qu’il y a de bien dans la musique d’impro, c’est que tout le monde peut la reprendre : un blanc comme moi peut jouer de la musique noire – dont celle de Mingus – ou du blues.

En quoi la musique de Charles Mingus reflète-t-elle votre caractère rebelle ?

En quelque sorte, je me préoccupe assez peu des choses. Il n’y a qu’un seul mot d’ordre dans ma musique : la liberté. La liberté avant tout ! Vous savez, la musique aide à lutter contre le système. Dans les années 1970-1980-1990 aux Etats-Unis, il y avait et il y a toujours un énorme clivage entre Blancs et Noirs. La musique permet la libération, leur libération, et l’improvisation permet de faire passer différents messages selon les lieux et les gens. Si vous voulez, nous reprenons le message de base et nous le retraduisons à notre époque actuelle.

Pourquoi le choix de la contrebasse ? Qu’est-ce-qui vous a amené à faire créer cet instrument à sept cordes ?

J’ai commencé à 10 ans avec la guitare sèche. A 14 ans, j’ai continué avec la guitare électrique, puis à 16 ans avec la basse électrique. Pendant tout ce temps – et je ne sais pas pourquoi – l’idée de la contrebasse me trottait dans la tête. C’est un bel instrument, mais dans sa forme classique, il est dur de voyager physiquement avec lui : les trains prennent assez rarement les gens qui voyagent avec et il peut se casser facilement.Si j’ai fait faire une contrebasse à sept cordes, c’est non seulement pour exprimer mes envies mais aussi parce que ça change ma manière de jouer. Cette contrebasse m’offre une étendue de sons large allant des sons de contrebasse classique au violoncelle, un peu comme une viole de gambe. Elle me permet de jouer dans une large gamme. En revanche, je n’irai pas plus loin que sept. Sept est un bon chiffre.

Pourquoi avoir choisi le jazz ?

Je ne dirais pas le jazz en lui-même, mais plutôt l’impro dans son sens le plus pur. Le jazz est un bien trop petit mot qui recouvre plusieurs choses.

Un conseil à adresser au gens ?

Jouez de la musique, mais pas pour l’argent, soyez libres et improvisez avant tout ! N’hésitez pas à mélanger les genres et ne recherchez pas le clivage entre musique « Noire » et musique « Blanche ». C’est un de mes regrets, il y a encore trop de séparations entre scènes « Noires» et « Blanches ». Les deux ne se mélangent presque pas. Je trouve ça dommage, on apprend beaucoup en se mélangeant.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Actuellement, je vis à New-York. Mais je vais continuer en France, à Toulouse je crois. Dans le métier vous savez… peu d’argent, pas de vie familiale et beaucoup de voyages. Ensuite je pense rentrer dans mon pays, dans mon petit appart’ du Bronx et pratiquer la contrebasse pour le plaisir… et pour couvrir le bruit des voisins.