Matthieu Donarier, Sculpteur de son

: 24 février 2014 | : Action Culturelle Interviews | : lycee Guisthau

Matthieu Donarier a accepté de nous recevoir au Pannonica, avant les balances de son spectacle du vendredi 7 Février. Le saxophoniste et clarinettiste du duo Wood nous a accordé une interview très riche. Une atmosphère très chaleureuse s’est dégagée rapidement. Nous remercions bien évidemment Matthieu Donarier pour l’intérêt et pour la sympathie qu’il a manifesté à notre égard.

– Nous avons lu sur votre biographie que vous êtes passionné de littérature et de dessin. Cette passion est-elle une source d’inspiration pour vos musiques ?  

– C’est vrai que la littérature et le dessin sont des passions personnelles mais mes sources d’inspirations sont multiples, elles viennent surtout de mon quotidien, de ce que je vis et ce que je vois. Je m’en sers, évidemment, mais plus subjectivement. Par exemple quand je lis un poème, quand je suis penché sur un dessin, ou devant un tableau, tout cela me donne des émotions, des sentiments parfois très forts, qui vont se retranscrire dans mes musiques et mes improvisations.

– Et cette inspiration, elle provient d’artistes en particulier ?

– Oui, bien évidemment. Tim Berne et Joachim Kühn sont pour moi les plus grands compositeurs actuels. Ils ne sont pas forcement connus, mais dans vingt ou trente ans, on parlera encore d’eux, de leurs discographies impressionnantes. Ce sont des musiciens de génie. Je suis allé les voir plusieurs fois en concert, et ce fut inoubliable. Ils imprègnent ma musique. Mais comme je l’ai dit, l’inspiration ne part pas que de choses concrètes. L’inspiration elle part d’un déclic. Et ce déclic, il peut venir de n’importe où…

–  Le son est une matière que l’on sculpte ». Vous pouvez nous éclairer un peu sur ce concept qui est le vôtre ?

– Tous les types de musique, peu importe lesquels, comprennent un travail sur l’onde sonore. L’importance des silences est essentielle pour moi, parce que ce qui vient d’être dit ou joué (cela concerne aussi l’art de la rhétorique) prend tout de suite de l’impact, et de la valeur. Résonne comme un écho. C’est l’effet de perspective. La maîtrise de la musique, c’est une construction précise.

– Comment s’est formé votre groupe Wood ?

–  Wood, c’est le résultat de dix années de travail avec Sébastien, un peu partout dans le monde. On a joué dans plein de groupes avec plein de gens différents. On a l’habitude de jouer ensemble, essentiellement sur des musiques improvisées. Après, il y a eu des interventions dans des écoles primaires, puis au collège, toujours ensemble. On venait et on improvisait. Je me souviens d’un jour où on avait écrit deux mots sur un bout de papier : seul et sombre. On a joué sur ce thème pendant quelques minutes. A la fin, on a demandé aux élèves de primaire de nous dire à quoi leur a fait penser la musique qu’ils venaient d’entendre. La plupart avaient vu juste. Mais avec Wood, on a aussi, bien sûr, écrit des morceaux spécifiques au groupe. Et pour en revenir à votre question, Wood, le nom du groupe, a été créé concrètement il y a 4 ans, à la sortie du disque. Avant, c’était juste « Seb et Matthieu », si l’on veut. Mais Wood, c’est un peu le résultat de tout ce qu’on a vécu ensemble. Un achèvement,  l’aboutissement d’un travail commun.

Antoine L’heveder
Léo Lemaistre
Stelios Rot