Longue vie au free jazz ! mai 2012

: 16 octobre 2012 | : Atelier des initiatives | : Atelier des initiatives

Brötzman (saxo ténor, alto, basse, clarinettes…) Vandermark (saxo ténor, alto, clarinette…) et Gustafsson (saxo basse)
J’ai été surpris de voir si peu de monde dans la salle. Avant de rentrer, un homme étrange au chapeau de laine m’a fait comprendre que c’était normal. Je m’attendais à un concert de free qui raconte des histoires, comme une mise en scène… et ça été le cas…

…mais ma première sensation a été celle d’entendre passer un obus sur nos têtes. Ces musiciens sont une pure énergie. Ils explosent les moyens. La musique est en général forte, puissante. Les petites phrases prononcées souvent à l’unisson marquent la dureté des messages, comme des cris, la bouche grande ouverte. Les notes transmettent des messages difficiles à comprendre. Ce sont des sentiments souvent chaotiques et enragés… parfois tristes et indécis…comme perdus dans les forêts de Wundentall… mais toujours complexes.
La gamme de ressources sert à exprimer des émotions et non comme exposition de raretés.

Ken Vandermark représente pour moi le rythme, la répétition (l’absurde ?).

Mats Gustafsson n’a pas quitté son saxo basse. Il va chercher des sons dans l’enfer : graves, obscurs, très profonds. Il semble exploser l’instrument. Il sait aussi s’exposer et se mettre en scène. Cela donne plus d’intérêt à ce qui est joué. On le sent : il profite aussi du concert.

Peter Brötzman est le plus âgé des trois mais il garde un équilibre de places avec les autres musiciens. Brötzman est pour moi celui qui a exprimé le mieux le free dans ce concert. Il donne la sensation d’avoir dépassé la technique pour utiliser l’instrument avec d’autres fins. C’est pour moi celui qui communique de façon plus claire avec le public. L’embout des saxos et des clarinettes font un tout avec ses lèvres, ce qui lui permet d’utiliser l’instrument comme une partie de lui. Ses notes sont souvent sales, gutturales, enrouées. Il joue comme quelqu’un qui prend pour sa première fois l’instrument, et pourtant il créa du sens… il parle.

Au début il peut être difficile de comprendre chaque instrument et chaque musicien tellement on est envahi par le son. Mais au fur et à mesure chacun prends un rôle, qui change à toutes les chansons et à plusieurs reprises dans le même morceau. A la fin du concert j’étais détruit, essoufflé… et pourtant j’ai battu mes paumes pour demander « une autre ». Je me suis demandé si cela n’était pas du masochisme.

…après, sortir du Pannonica a été comme changer de dimension.

Complément « Soldier of the road »

Ceci est le titre du documentaire de Bernard Josse sur Peter Brötzman sortie en 2011 (Cinésolo). Cette œuvre réussit à faire un portrait de ce musicien et à montrer en même temps des collègues qui l’ont accompagné depuis quelques années. C’est un reportage à la fois historique et personnel ; musical et pictural… car le réalisateur tente de se rapprocher aussi des différentes facettes de Brötzman (peintre, photographe et fumeur de cigares). Ce documentaire reste plutôt focalisé sur la musique ; les enregistrements et interviews en extra le confirment. D’un point de vue strictement personnel (et j’espère que le réalisateur me comprendra), je trouve qu’il existe un point d’idolâtrie envers ce personnage… dans le fond, Brötzman ressemble un papy tendre et solitaire. C’est un beau documentaire et un bon travail de montage. Il représente bien la musique que nous avons écoutée au Pannonica.

Nilo Pardo Garcia