Léo Ferré est-il soluble dans le jazz ?

: 26 février 2014 | : Atelier des initiatives | : Atelier des initiatives

A l’issue de cette soirée coproduite par le Pannonica et la Bouche d’Air, la réponse est non. Le projet était pourtant séduisant : Marcel Kanche, parolier, homme de l’ombre et rockeur dans l’âme, et le trio I.overdive, aux confins du jazz et du rock, reprennent Léo Ferré, le poète anar’, leur « copain mais pas leur maître ».

Ça commence mal du point de vue des relations avec le public. Marcel Kanche s’excuse d’un retard que personne n’avait remarqué en faisant une vanne qui tombe à plat. Pas grave, me direz-vous, mais le malaise du monsieur est palpable, et ça ne va pas s’arranger à mesure que les rats – les spectateurs – abandonnent le navire, qui sombre lentement.

JPEG - 219.7 koIl faut dire que l’équipage et le capitaine ne sont pas sur la même longueur d’onde, et hésitent sur le cap à tenir. La poésie de Léo Ferré surnage avec peine sur la musique du trio I.overdrive, un peu comme des croûtons dans la soupe – pardon, un peu comme un trois-mâts ballotté par la tempête, on parle de Léo Ferré, quand même.

La scène elle-même semble divisée en deux, Marcel Kanche d’un côté, au chant et au synthé, et le trio jazz-rock I.overdrive de l’autre. L’ambiance musicale est assez sombre, ce qui ne saurait nuire à l’univers du poète, mais la musique prend le pas sur les textes. Les trois musiciens semblent en hypnose, à la limite de l’autisme scénique – le chanteur devra quand même aller arrêter le guitariste engagé dans un solo interminable. Là dessus, Marcel Kanche tente de reprendre les mots de Léo Ferré.

JPEG - 188.5 koIl faut reconnaître que l’exercice est ardu, l’ombre de Ferré étant immense. Mais en restant dans le registre du parlé-chanté, Kanche ne peut que faire moins bien que l’original. Il envoie très vite les textes libertaires, noyant leur poésie dans la nappe sonore, et insiste trop lourdement sur des textes plus intimistes, adoptant une voix artificiellement cassée qui peine à susciter l’émotion. Lors d’un concert récent de Pierre Lapointe dans la même salle, j’ai pu assister à une reprise de Léo, et pas la moindre, « C’est extra », excusez du peu, qui avait une toute autre envergure. Le chanteur s’engageait dans la chanson avec son lyrisme, sa façon de chanter, et nous emportait.

Mais ce soir au Pannonica, nous sommes tous restés à quai. C’est aussi ça le spectacle vivant, on ne peut pas gagner à tous les coups !

Par Chloé Averty de l’atelier des initiatives