Eric Legnini au Pannonica

: 11 mars 2013 | : Atelier des initiatives | : admin

Un trio piano-contrebasse-batterie, un trio plus un chanteur, plus une section cuivres : la formation d’Éric Legnini est protéiforme. Sa musique est leste, vive, intelligente. Un jazz léché et tonique, souple et musclé, sans débauche de testostérone ni de nicotine. Des jazzmen concentrés et souriants : professionnels et néanmoins épanouis. Éric Legnini écrit pour le groupe et sa générosité s’entend. Son piano se fond dans le trio, comme son jazz dans l’afro beat, tandis que les cuivres nous conduisent dans cet univers qui se garde autant de l’unisson transpirant des bands afro que des soli enfumés des caveaux.

Les compositions inspirées d’Éric Legnini et la complicité des instrumentistes auraient suffi à nous transporter dans cet univers où le son se respire à plein poumons, les lumières sont sourires et les velours des fauteuils (de la salle Paul Fort) une polyphonie veloutée. Un chanteur, puis un autre, entrent néanmoins sur scène, et voilà qu’ils deviennent les protagonistes de ce rêve collectif. Le public est sensible à la voix, et les yeux (comme les appareils photos) sont rivés sur les chanteurs. Hugh Coltman prend la suite honorable de Krystle Warren, entendue avec Legnini à Ancenis, voilà deux ans, sur la tournée du précédent album (The Vox). Une voix masculine satinée après une voix féminine si corsée – elles sont finalement assez proches.

Puis Coltman cède la place à Mamani Keïta, chanteuse malienne qui fait de sa voix aigüe et nasale un instrument dont les femmes du désert ont le secret. Le jazz diurne de Legnini nous inonde alors de soleil, et l’on se dit que, finalement, il n’y a pas plus de jazz classique que de langue universelle, et que c’est quand les différents singuliers ne cèdent rien de leur caractère qu’ils donnent le plus à la musique.

Carmina Chauveau / Atelier des intiatives