À la rencontre du jazz discret de Yonathan Avishaï

: 27 novembre 2017 | : Atelier des initiatives | : admin

Du vin, des murmures et une petite salle aux lumières tamisées : le Pannonica affiche complet ce Mercredi 22 Novembre, tandis qu’un public qui semble largement composé de passionnés attend dans une cascade de murmures la venue de Yonathan Avishaï.

Ce pianiste israélien, aujourd’hui implanté en France, fait partie de ces musiciens discrets mais appréciés de la scène jazz contemporaine. Ayant officié dans la formation Third Word Love auprès du célèbre trompettiste Avishaï Cohen et du contrebassiste Omer Avital, tous deux également issus de la nouvelle vague du jazz de Tel Aviv, Yonathan Avishaï nous présente ici son projet personnel, Modern Times. Avant en trio, ici en quintet, il fait résonner pour une seconde fois en deux ans ses rythmiques épurées dans la salle de jazz Nantaise Le Pannonica.

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Une étonnante économie de notes

Le dépouillement musical, voilà ce qui caractérise le son de cet artiste. Sans renier ses influences (John Lewis ou l’Art Ensemble of Chicago, qu’il cite d’ailleurs volontiers), Yonathan Avishaï propose à l’auditeur un jazz en apparence économe, pour ne pas dire simpliste. Aucun solo à rallonge ni démonstration technique ont lieu. Ici, c’est plutôt l’ambiance mélodique qui prime, mettant en avant des textures sonores harmonieusement entremêlées les unes aux autres, où aucun instrument n’écrase l’autre.
Au contraire, le piano de Jonathan se fait souvent plus discret que ses partenaires internationaux – respectivement un batteur, un percussionniste, un contrebassiste et un saxophoniste-clarinettiste, comme pour mieux structurer et ciseler des morceaux au format plutôt court.

Bien que la musique soit économe et introvertie, l’on sent que des brassages entre le latin jazz et le « jazz des débuts » (type Nouvelle Orléans) sont à l’œuvre, créant un métissage agréable et propice aux légers dodelinements de tête et aux petits sourires au coin de la bouche.

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Un jazz plaisant mais un peu creux

L’humilité de Yonathan Avishaï est touchante – cela passe également par ses prises de paroles, toutes douces, et la poésie qui se dégage de ses compositions est palpable. Pourtant je ne pus m’empêcher d’éprouver un peu d’ennui face à ce tissu musical dont la sagesse flirte dangereusement avec la mollesse. Il est également regrettable que l’harmonie entre les musiciens soit trop discrète, donnant un résultat timide voire rigide.

Lorsque le concert se conclut, l’on se rend compte que tout s’est déroulé tranquillement, sans fioriture aucune, mais sans verve créatrice ni fièvre interprétatrice non plus. Yonathan Avishaï est passé par là, un peu trop discrètement peut-être.

Florian SANFILIPPO