23 octobre 2013 – Pannonica – The Bridge #1

: 12 novembre 2013 | : Atelier des initiatives | : Atelier des initiatives

Par julien de l’atelier des initiatives,

Première immersion dans la rédaction de critiques d’événements culturels. Arrivé dans cette petite allée très new yorkaise par son ambiance, la salle se compose de plusieurs tables et chaises avec une scène proche promettant une proximité dans le lieu et dans le partage musical. Population allant de 30 à plus de 60 ans. Le vin rouge et la bière sont de mise. J’aime le jazz mais n’écoute que très peu ce style au quotidien. C’est pourquoi j’ai hâte de voir ce que cela va pouvoir me procurer.

Donc mélange de français et d’Américains de Chicago. Cela se passe en France et aux États Unis (http://www.acrossthebridges.org/). Ils jouent à 5. Des puristes du jazz, j’imagine.
L’entrée des artistes se fait, et la première impression sera peut-être la bonne. Tous ayant des physiques en correspondance avec leur mode de vie. Le trompettiste à une carrure permettant d’envoyer, le contrebassiste avec son physique pouvant épouser l’instrument, j’en passe.

Commençant par une mise au point des instruments, les accords se mêlent directement et je comprends que le concert est commencé. Assez content de ne pas être tombé dans ces concerts faisant de la réédition de « My Funny Valentine », très beau mais trop facile. Je sens que je vais devoir, pour aboutir à un avis construit dans le but de rédiger cet article, me concentrer sur l’atmosphère cherché. Un peu peur de tomber à côté.

Immersion complète dans un monde s’apparentant au jazz émotionnel, expérimental (Free Jazz) où il faut prendre la rythmique en plein vol. La partie que j’appréhendais sur le fait de bien comprendre ce qu’il était en train de se passer, ça c’est passé dés le départ. Je me mets donc à observer les autres spectateurs, les plus vieux (je me dis que se sont les plus connaisseurs en Jazz). Ils sont très inspirés. Je décide donc de changer de technique, je choisis le ressenti plutôt que l’analyse. Le premier set nous introduit dans cette ambiance qui raconte, l’amour du Jazz. Chacun jouant pour lui, offrant une cacophonie organisée et engagée, de part l’intensité dans les postures et autres signes peu justifiés. Les dents de scie sont la carte de route, plein de montées descentes, amères et sucrées. Ils jouent donc sur plusieurs tableaux. Ils arrivent à nous transporter assez facilement d’un sentiment à un autre. Même mes moments d’absences sont accompagnés par l’atmosphère. Pour le coup, on se cale sur une ambiance new yorkaise justifiant mon ressenti du début (entrée du Pannonica) est donc en adéquation. Je me sens comme transporté aux États-Unis dans un film de Woody Allen.

Une fois bien imprégné de l’ambiance, deux musiciens ayant la bouche non occupée se mettent à chanter des sonorités ethniques, là où le voyage devient plus spirituel, voir proche de l’incantation. C’est cette coupure qui passe de l’amour du jazz à l’envie de l’utiliser comme outils pour innover et aller vers quelque chose de plus personnel. Nous sommes loin de la représentation des artistes actuels passant sur les chaînes de télévision, impeccables, malgré la prestation. Ici, les artistes vivent l’interprétation, les postures physiques ne sont pas toujours contrôlées et ils ferment les yeux pour la plupart, cherchant une concentration optimum. Ballade accompagnée des divinités. Il ajoute encore de la crédibilité à cela en nous laissant parfois seuls avec des longueurs de didgeridoo. Sur ces longueurs, on a retrouvé le repos et l’apaisement qui peut même nous faire écouter une partie avec les yeux clos. C’est la partie personnelle de la seconde partie.

Je parlais de puristes et j’en ai maintenant la preuve, ils maîtrisent avec minutie chaque millimètre de l’instrument en main. Ambiance vacillante parfois avec une trompette qui met tout en noir et blanc, à l’image des polars des années 50. Puis passage à la méditation bouddhiste. Au bout d’un certain temps, la mission est accomplie, on arrête l’analyse et l’on vit juste l’instant musical.

« Bridge » m’a permis de redécouvrir le jazz, non pas comme la musique de Papa, mais bel et bien comme une musique actuelle, et restant en perpétuelle évolution, à la recherche d’une perfection. Tout ça avec des musiciens commençant et terminant en se marrant à gorges déployées. Je me permets donc de citer mes voisins de derrière, « magnifique ».

Julien.