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jazz

Interview Yves Robert
"Chacun fait sa cuisine"

Loin des sentiers battus du jazz traditionnel, Yves Robert, tromboniste virtuose, fait partie des artistes qui n’ont de cesse de repousser les limites du possible en explorant les nouvelles voies de la création sonore. Ovni musical, il propose des projets thématiques alliant une pensée exprimée à une musique vive. Exercice que l’on retrouve dans “L’Été”, “La Tendresse”, “Orphée”, “Souffle Toujours” et “L’Argent”. Ce dernier est présenté le 19 avril au Pannonica.

yves robert

Dans votre jeu, vous panachez les sonorités traditionnelles du trombone avec des sonorités et des techniques non classiques qui évoquent la musique contemporaine. Est-ce pour vous un élément aujourd’hui indispensable pour nourrir et enrichir votre discours musical ?
Oui, je considère que le développement de l’instrument peut amener à associer différents sons et techniques pour avoir un jeu contemporain et actuel, ce qui est pour moi très important. Ceci dit, le trombone est un instrument qui existe depuis longtemps, qui a une histoire, une technique et une culture marqués, et il n’est pas question de faire table rase du passé et de nier le timbre et la nature de l’instrument.

Vous multipliez les différents projets. Est-ce pour vous une manière de vous confronter à d’autres univers ? est-ce pour répondre à une boulimie créatrice ?
Finalement, beaucoup de musiciens sont dans cette dynamique. Aujourd’hui, on ne peut se limiter à un seul projet, on doit pouvoir en proposer plusieurs. Par ailleurs, on a du temps et l’envie de se confronter aux autres ; on sollicite et on est sollicité. Et puis, on a qu’une vie, il faut en profiter pour faire des expériences et travailler dans plusieurs directions.

Parlez nous de votre tout nouveau projet “L’Argent” que vous allez présenter au
Pannonica. Quelle en est la génèse ?

En fait, je voulais travailler sur l’idée qu’on pouvait s’amuser et faire de la musique avec un récit, avec du sens parlé. Le projet repose sur le principe d’association d’un raisonnement avec de la musique car pour moi, le raisonnement est son.
Pourquoi l’argent ? Car c’est un sujet universel, qui parle à tout le monde et en outre, c’est un terrain de jeu aventureux et, avec la musique, on peut parler de tout, dont de l’argent qui pourtant paraît être un sujet éloigné de l’art et de la musique.
Le monde du son est pour moi un terrain de jeu dans lequel j’ai envie de parler de choses qui m’interpellent.

Utilisez -vous des instruments électroniques comme le sampler, en studio et sur scène ? L’avènement du home-studio et de la mao a t-elle eu une influence sur votre création ?
Bien sûr ! Dans “L’Argent” par exemple, il y a plein d’instruments électroniques, des
échantilloneurs, un ordinateur qui envoie des séquences et des voix enregistrées, et tout ça sur scène. Le home-studio a complètement changé ma manière de travailler. Mais, en fait, j’ai suivi ça depuis longtemps, ça n’est pas une nouveauté pour moi. Aujoud’hui je travaille sur Logic pro mais au tout départ, j’utilisais Notator qui est l’ancêtre de Logic.

Comment voyez vous l’avenir du jazz ?
Chacun fait sa cuisine avec ses influences qui sont de plus en plus disparates. L’étiquette “jazz” ne va plus vouloir dire grand chose. Aujourd’hui, ce qui importe, c’est plus l’idée de “musicien actif” c’est-à-dire qui fait des choses. Déjà, de plus en plus de musiciens jouent dans des styles complètement différents, jazz, pop, rock etc... En fait, on va davantage se retrouver dans les réponses que chacun donnent via ses projets, dans les façons de faire et les préoccupations que dans les étiquettes.

Pour finir, parlez nous de votre instrument, le trombone.
C’est un instrument parfois très drôle, vraiment ludique mais qui permet de toute façon un discours ample et riche. Pour moi, c’est une voix majeure, on peut développer un chant masculin. J’adore le côté simple, presque basique du principe de l’instrument. J’adore également cette possibilité qu’il offre de pouvoir amplifier tout ce qui se passe dans la bouche.

Propos recueillis par Yann Savel




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