>>> PAROLES DE SPECTATEURS

Ces chroniques sont réalisées par des membres de l'Atelier des initiatives. Ils sont invités aux concerts et écrivent une chronique.

voici les 3 derniers billets, vous pouvez retrouver l'intégralité ici

1/ More Music from Chicago

« Music from Chicago » samedi 27 Mars au Pannonica Deux Quartet - l’évolution du jazz du traditionnel à la modernité

 

Autant le dire tout de suite, je ne connais ni n’écoute que très peu de jazz. Je me décidais tout de même à pousser la porte du Pannonica pour une soirée dont le thème était « Music from Chicago ». Plus précisément de 2 groupes de Chicago. La salle est pleine, les lumières sont tamisées, les instruments brillent sur scène. Le concert se déroulera en acoustique.

 

Le premier groupe se nomme« engine quartet » et est mené par Dave Rempis, saxophoniste. Quand on est un profane comme moi, on est toujours un peu surpris pendant les premiers morceaux car on a la désagréable impression que les musiciens jouent indépendamment des autres. La batterie ne donne pas le rythme, le bassiste enchaîne des gammes à toute vitesse, le saxophoniste et le tromboniste font leur solo puis s’arrêtent. Petit à petit on voit apparaître une certaine cohésion dans le groupe mais le son devient vite plus expérimental. Le batteur joue tout en nuance en utilisant différents accessoires. Le contrebassiste passe de l’acoustique à l’électrique pour faire hurler une basse pleine de distorsion. Enfin le tromboniste nous emplit les oreilles de sons agressifs en se servant d’un simulateur de fréquences relié à un ampli.

 

Le deuxième quartet, mené par mike Ride à la batterie, joue un jazz plus traditionnel. La batterie et la contrebasse sont plus présentes. Elles donnent la rythmique et la puissance aux autres musiciens. La plupart des morceaux sont énergiques même si le tempo redescend parfois pour jouer des balades qui la issent pleinement la place aux talents mélodiques des deux saxophonistes.

 

La différence entre les deux formations est très nette. La première joue un jazz d’aujourd’hui avec des tendances à l’expérimentation sonore. Je suis plus impressionné par la deuxième qui joue un jazz comme on aurait pu l’entendre dans les bars de Chicago dans les années 50. Cette soirée se termine sous les applaudissements des deux leaders charismatiques nous adressant avec un accent délicieux un : « Thank you very much ».

2/ Le Japon d’antan vs musiques actuelles

La salle Paul Fort proposait un ciné concert jeudi 3 février dans le cadre du festival écho qui faisait honneur au Japon. Côté concert : les musiciens de Francis et ses peintres, formation aux tendances jazz et rock. Ils étaient accompagnés des chanteuses Maïa Barouh et Emiko Ota. Pour ce qui était de la projection : « Oyuki la vierge » de Mizoguchi datant de 1935.

 

Ce film est une adaptation de « Boule de suif » de Maupassant. L’histoire retrace le parcours de deux geishas fuyant une guerre civile aux côtés d’une bande de bourgeois plein de mépris. Malgré les railleries, l’une des prostituées se donne à l’ennemi afin de sauver l’équipée. Ce film évoque les thèmes de l’amour, du sacrifice, du sens de l’honneur et par extension de la lutte des classes.

 

Maïa Barouh introduit d’une voix chaude cette soirée par un chant de Fréhel qui traite de l’amertume d’une femme face aux désirs égoïstes des hommes. Puis, les premières images crépitent en muet évidemment puisque le son nous est joué en direct. L’exotisme et l’esthétique du film m’emporte mais je n’ai pas trouvé « l’écho » avec l’accompagnement musical dans l’ensemble.

 

Certaines pièces sonores fonctionnaient comme le rythme effréné des percussions/ guitare /voix qui accentuait l’urgence de la fuite en carriole. Cependant, les morceaux de jazz « croisière » surlignaient l’aspect déjà miévreux des scènes sentimentales.

 

L’audacieux morceau disco « I feel love » de Donna Summer aurait pu trouver sa place dans cette modernisation du Japon de l’ère Meiji, mais la démarche perd son sens à force de s’étendre. On pourrait voir une tentative de lien musique/film dans l’alternance des chants en français et en japonais. Est-ce là suffisant ? Je regrette l’hétérogénéité des morceaux et leur manque de distanciation avec les scènes bien que la musique m’ait plu à nombreuses reprises. J’ai particulièrement apprécié la voix pure et contrastée de Maïa Barouh et Fred Chiffoleau à la contrebasse.

 

Une soirée riche en découverte mais décevante par l’inaboutissement et le manque d’unité. Expérience à renouveler car la musique live confère aux images arrêtées un pouvoir que j’ignorais.

 

Lise Korbaa

 

 

3/ Contrabande et Sidony Box

Sidony Box

 

J’ai pu écouter ce groupe nantais composé (d’un saxophone, d’une guitare et d’une batterie) vendredi 12 Février au Pannonica. Existe à mon égard une bonne compréhension entre les musiciens, notamment entre le guitariste et le batteur.

 

La musique qu’ils ont créé est basée sur des rythmes actuels, prenants, qui me font penser à Happy Apple. Il y a beaucoup de changements de rythme et de mélodie, avec une guitare que se rapproche parfois du hard rock ou du heavy. Le saxophone est claire, opportun, et la batterie un peu folle dans l’expérimentation.

 

Contrabande

 

Contrabande est un groupe hétéroclite composé par des musiciens danois et français. Ils pratiquent du nu-jazz ou musique expérimentale, ce qui, pour mon peu de connaissances en la matière, viendrait à dire free-jazz.

 

Il est très facile de se perdre dans la terminologie, surtout quand on ne la maîtrise pas, mais également c’est facile de changer les styles attribués quand on veut se démarquer.

 

Je n’ai pas eu l’impression que la contrebasse s’accordait avec le reste du groupe. La batterie est pleine de ressources et met heureusement un peu de rythme dans l’ensemble. Le guitariste s’exerce effectivement à l’expérimentation. Les instruments à vent marquent à la fois l’ordre et le désordre. Le saxophone réussi à parler, pleurer et faire ressentir un peu plus la musique. Mais je me pose sérieusement la question du sens de l’ensemble, peut-être parce que, à part Eric Dolphy, le free-jazz est un monde difficile à aborder pour moi. Je trouve que ce groupe pourrait plaire à des fanatiques du chaos ou des amants du genre musical.

 

Nilo Pardo Gracia